Incendie à Narbonne : « On marchait sur des tapis d’escargots calcinés », plus de 10 millions d’animaux morts recensés sur un quart de la zone brûlée
Des zones carbonisées, un silence qui règne après les incendies. C’est le constat que l’association Wany The Pooh a pu faire sur le terrain après les feux qui ont touché l’Aude en début d’été.
Leur mission de sauvetage a débuté le 12 juillet 2025. Pendant trois jours, 57 bénévoles ont parcouru 570 hectares à la recherche d’animaux en détresse. Faute de temps et de moyens, ils n’ont malheureusement pas pu couvrir l’ensemble de la zone touchée. En tout, 2 100 hectares de végétation ont été ravagés par les flammes.
J’étais loin d’imaginer un tel désastre. La souffrance des animaux après un incendie est bouleversante. C’est une réalité marquante. Nous devons prendre nos responsabilités et mettre des actions face aux urgences.
Charly Ferré
Bénévole
Les animaux vivant à l’état sauvage sont particulièrement vulnérables : tous n’ont pas la capacité de fuir. Et ceux qui ont échappé aux flammes sont souvent victimes d’intoxication, de la perte de leur habitat ou de la disparition des ressources nécessaires pour se nourrir ou s’abreuver.
Un bilan catastrophique
Le temps était compté. Sur leur chemin, les bénévoles ont découvert plus de 10 millions d’animaux morts, alors qu’ils n’ont couvert qu’un quart de la zone incendiée. Ce qui les a le plus marqués, c’est la mortalité massive chez certaines espèces comme les escargots, les cigales.
On marchait sur des tapis d’escargots calcinés. On en a retrouvé jusqu’à 50 au mètre carré sur des dizaines d’hectares. Nous avons probablement traversé une zone de nidification.
Marine Laullon
Présidente de Wany the Pooh
Plus de 300 cadavres de cigales ont été recensés, ainsi qu’une cinquantaine de grands mammifères comme des chevreuils, sangliers, renards, lapins et musaraignes, retrouvés morts, brûlés ou victimes de déshydratation. Mais aussi les équipes ont constaté la mort de lézards, notamment le lézard ocellé, une espèce protégée.
350 espèces sauvées
Au total, 150 litres d’eau ont été déposés dans les zones parcourues par les bénévoles. Plus de 350 espèces ont pu être réhydratées sur place, parmi elles, des milans royaux, faucons crécerelles, goélands, geais, lézards, orvets, vipères aspics, sauterelles, papillons, abeilles, frelons, guêpes, fourmis, araignées, cloportes, iules, coccinelles…
Tous ces animaux sont restés dans leur milieu naturel après avoir été secourus.
C’est une catastrophe écologique. Le terrain était difficile, avec du dénivelé, mais on a été utiles. Même trois jours après l’incendie, les animaux nous attendaient. On leur a redonné un peu d’espoir.
Marine Laullon
Présidente de Wany the Pooh
Mission inédite
C’est la première fois que des bénévoles sont autorisés à intervenir sur le terrain après un incendie en France. À ce jour, aucun plan de prévention n’existe pour gérer les animaux lors de catastrophes.
Chaque année, des millions d’animaux sont affectés à travers le monde sans qu’aucun dispositif de secours ne leur soit dédié. Pour l’instant, seule la loi Matras de novembre 2021 a introduit de nouvelles dispositions relatives aux animaux dans le Code de la sécurité intérieure (CSI) et le Code général des collectivités territoriales. Mais ces dispositions ne prennent pas en compte la faune sauvage dans les plans de gestion des catastrophes. Or, ces événements peuvent anéantir des années d’efforts de conservation, selon les experts.
Structurer les efforts pour l’avenir
Avec la multiplication des événements climatiques et l’augmentation des risques la question de structurer des moyens de secours pour la faune sauvage s’impose.
Pour Céline Sissler-Bienvenu, spécialiste de la protection du vivant et de la gestion de crise, il est essentiel de rassembler l’ensemble des acteurs concernés. Naturaliste de formation, elle dirige une société de conseil dédiée à l’intégration de la dimension animale dans les stratégies de résilience.
Elle souligne que tous les êtres vivants jouent un rôle fondamental dans le bon fonctionnement des écosystèmes, et que leur disparition entraîne des conséquences directes sur notre avenir.
La nature est un grand puzzle dont chaque animal sauvage est une pièce maîtresse. Leur disparition fragilise cet équilibre dont nous dépendons.
Céline Sissler-Bienvenu
Spécialiste de la protection du vivant et de la gestion crise
En 2023, la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises a lancé des travaux sur la protection animale. Un groupe de travail national, réunissant les principaux acteurs concernés (services de l’État, élus, associations, vétérinaires, etc.), a été constitué pour analyser les enjeux et proposer des solutions adaptées aux situations d’animaux en détresse.
Les premières conclusions sont attendues en fin d’année.
Un lézard retrouvé mort après les incendie de Narbonne • © Wany the Pooh
Par ailleurs, Céline Sissler-Bienvenu, membre experte du comité français de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), porte une initiative en faveur des animaux sauvages victimes de catastrophes. Elle a contribué à la rédaction d’une motion sur ce sujet, qui est soumise au vote lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN, prévu du 9 au 15 octobre 2025 à Abu Dhabi.
Si elle est adoptée, cette motion pourrait faire évoluer la législation afin d’intégrer pleinement la faune sauvage dans les dispositifs de gestion des catastrophes.

